La première question qui vient à l’esprit quand on a fini la lecture du dernier bouquin de Jean Staune est : Pourquoi ?
Est-ce qu’il s’adresse aux croyants de telle ou telle religion pour justifier, étayer leur croyance ? Non, sauf si un mélange d’hypothèses non soutenues par des éléments logiques sont à même de renforcer le credo religieux des gens.
Ce n’est pas un livre destiné aux scientifiques non plus, qui au mieux rigoleront un coup, au pire (et à tort) risquent de s’énerver.
Rien de nouveau pour les philosophes des sciences non plus, l’argumentaire de Jean Staune ressemblant plus à ce qu’un étudiant de maîtrise pourrait faire. Rien de nouveau dans l’escarcelle des non-matérialistes, comme Jean appelle les spiritualistes, à part un argumentaire qui ne mérite pas le qualificatif.
La même volonté de confusion entre le matérialisme philosophique et le matérialisme méthodologique que d’habitude, deux domaines que même les gens de la John Templeton Foundation évitent de mélanger. Il n’est pas impossible que des fondamentalistes veuillent les confondre, de l’un ou l’autre camp, pour défendre leur bifteck. Mais ici la confusion ne sert même pas ce cas, elle est plutôt due à la confusion de compréhension, me semble-t-il.
Avec un minimum de présupposés philosophiques et religieux, minimum en termes d’énoncé, mais porteurs d’un maximum de sens Jean Staune espère que l’édifice d’hypothèses émises pourraient convaincre … Qui ? Au sujet de quoi ? Fichtre, je n’en sais rien.
Ses présupposés sont clairement annoncés à la première page de son texte :
Le monde où nous vivons ne peut être compris à partir de lui même. Il y a une incomplétude radicale de ce monde : sans l’intervention des esprits, des dieux ou de Dieu, il n’y a pas d’explication cohérente du monde qui tienne. Il est donc nécessaire de faire appel à un autre niveau de réalité dont on ne sait presque rien… sauf qu’il doit forcement exister.
Départ vers une boucle de raisonnement qui lui permettra pas de démontrer quoi que ce soit.
Je suis resté avec l’impression désagréable de lire les notes, vaguement organisées, d’une personne qui tente de se persuader elle-même, plus que ses lecteurs , du bien fondé de ses a priori. Se persuader qu’il est autre chose que homo economicus ou homo ludens ou qu’un paquet de neurones, une approche bâtarde entre pseudo-science, pseudo-philosophie et pseudo-religion, destinée peut-être à venir en aide à une foi défaillante, qui aurait besoin d’être soutenue, quite à ce que ce soit par des illusions logiques, pour exister.
Avant la lecture de ce livre j’en voulais à Jean Staune parce que je le suspectais de vouloir leurrer surtout les autres, aujourd’hui je me demande si ce n’est pas lui-même qu’il tente de leurrer, plus que son lectorat; qu’il garde ses illusions si elles lui sont nécessaires pour fonder sa foi et que cette dernière est une requis pour sa stabilité personnelle, mais pourquoi cette volonté de persuader d’autres au sujet de ses fantasmes ?
Ceux dont le credo religieux est fort, quel qu’il soit, ne gagneront rien à cette lecture et risquent plutôt d’être irrités par un oecuménisme “ramasse tout”. Qui est étonnant de la part d’un converti au catholicisme (initialement baptisé orthodoxe), acte qui pourrait être interprété comme une volonté de préciser son credo, mais qui semble avoir évolué vers le “catholique hérétique”, notion qui porte la Staune touch! Et qui semble dériver vers le spiritualisme de la pire espèce, qui fait feu de tout bois; l’étiquette “scientifique” lui échappant il s’accroche à celle de “philosophique“, évitant celle de “religieux“. Les scientifiques pousseront un soupir de soulagement et les philosophes n’ont qu’à bien se tenir.
Ceux dont le credo religieux est inexistant ne trouveront rien dans le livre qui puisse les ébranler : Si ma tante en avait il serait mon oncle; si c’était mon oncle il aurait pu tomber BB; s’il avait tombé BB il serait bien introduit dans les milieux du cinéma; si ma tante en avait, était mon oncle, avait tombé BB et était bien introduit dans les milieux du cinéma il aurait pu me présenter Nicole K.; j’aurais pu tomber Nicole K. et être un homme heureux
C’est le style général. Un bon bouquin, quelconque, de Fantasy ou de Science Fiction leur fera le même effet.
Enfin, les petits curieux qui voudraient voir peuvent toujours faire un tour sur le site de Jean Staune. Ca sera suffisant. Tout y est, y compris le fameux “ça ne prouve pas (mais ça rend plus probable/credible)” qu’il utilise pour dire que ses hypothèses rendraient plus probable l’existence du surnaturel.
Il y aura certainement quelques personnes qui trouveront le livre intéressant, mais probablement, parmi celles citées (ah l’ego ! et Jean conscient de ça il en cite tellement que l’on se demande quelle est sa contribution à part avoir composé ce puzzle hétéroclite), ou, traversant les eaux troubles de l’incertitude au même titre que Staune (je suppose).
A ces “le cul entre deux chaises” je ne peux que souhaiter qu’ils trouvent une voie qui leur apportera des satisfactions, soit-elle celle de la religion. Mais ils trouveront certainement des lectures plus inspirées, que ce soit au rayon Religions-Esoterisme ou au rayon Sciences.
Franchement, je préfère largement un croyant qui n’en a rien à foutre de ce que la Science dit de ses croyances, même un YEC, que le délabrement neocréationiste de Jean Staune.
Je ne jugerai pas de ce qu’il avance au sujet d’autres domaines que la biologie. De toute façon il n’en tire que des hypothèses, pour soutenir des hypothèses, pensant apparemment qu’en aligner plusieurs améliorerait la vacuité de son propos; et il aboutit à des hypothèses en espérant qu’elles rendraient “plus probable” l’existence de ses fantômes.
Je reviendrai sur son acharnement contre le darwinisme. Il a fait un bel effort avec l’exemple sur les Kallima, et il s’y est tenu bêtement, sachant qu’il n’est pas à même de le soutenir sur le plan scientifique. Il va jusqu’à proposer une série de manips impossibles à réaliser, à cause de l’isolement de la région concernée. Pensant qu’il laissera planer un doute qui lui profiterait.
Je commenterai son exemple, et je discuterai du pourquoi les dites manips ne sont pas nécessaires pour montrer qu’il a tort.
Addendum : Je suis gêné par cette nouvelle perception de Jean Staine, qui fait que j’aurais plus envie de le plaindre que de lui voler dans les plumes. Parce que c’est toujours le même illusionniste logique dont le discours me paraît tout aussi toxique, intellectuellement toxique.